Les blessures ont parfois du bon. Si son genou douloureux ne l’avait pas mis au repos forcé, Paul Sinton-Hewitt n’aurait peut-être jamais eu l’idée d’organiser des séances chronométrées hebdomadaires près de chez lui. C’était alors pour ce coureur anglais le moyen de rester en contact avec ses amis. Treize d’entre eux – heureux présage – se sont rendus en octobre 2004 à son premier rendez-vous, dans les allées de Bushy Park, au sud-ouest de Londres. Son entreprise, Parkrun, revendique aujourd’hui plus d’un demi-million de coureurs à travers le monde.

Ce succès s’explique avant tout par la simplicité du concept : un footing gratuit de 5 km, chaque samedi matin, tout au long de l’année, au même endroit – un parc la plupart du temps – et à la même heure.

Le principe est le même partout : un footing gratuit de 5 km, chronométré, chaque samedi, au même endroit. (Photo : Sébastien Duval)

« Cela peut plaire à n’importe quel profil, de la personne qui n’a jamais fait de sport de sa vie aux coureurs réguliers qui souhaitent évoluer dans un cadre différent, avec leur famille, leurs voisins, leurs collègues, explique Anita Afonso, responsable de Parkrun France. Il y a une vraie dimension communautaire. L’aspect social est presque plus important que l’aspect sportif. Il n’y a aucune pression. »

Après s’être inscrit sur internet (via le site Parkrun.com), chaque coureur doit imprimer et apporter avec lui un code-barres, scanné par des bénévoles une fois la ligne d’arrivée franchie. Il reçoit alors ses résultats par e-mail, avant la mi-journée, avec un récapitulatif de l’ensemble de ses chronos.

De quoi permettre aux plus sérieux de jauger l’efficacité de leur entraînement ou leur état de forme du moment, mais pour Emmanuelle, une Haute-Normande partie vivre en Écosse avec son conjoint, la priorité est ailleurs : « Le parkrun va à contre-courant de ce que la course à pied est en train de devenir, avec des courses de plus en plus chères au gros attirail marketing. Ça permet de courir sans prise de tête, tout en créant du lien. »

Chaque coureur est muni d’un code-barres scanné une fois la ligne d’arrivée franchie. (Photo : Sébastien Duval)

Le Parkrun s’adresse à tous les publics, des coureurs occasionnels aux plus avertis. (Photo : Sébastien Duval)

Déjà dans la région bordelaise

L’idée a fait du chemin depuis les treize mercenaires du Bushy Park de Londres. Parkrun est aujourd’hui présent dans douze pays, comme l’Australie, l’Afrique du Sud, le Danemark, la Pologne et l’Italie. « C’est un concept universel, souligne son créateur, Paul Sinton-Hewitt. Mais nous n’avons pas l’ambition de conquérir le monde entier. Il faut que le principe reste le même partout, à savoir des événements hebdomadaires, chaque week-end de l’année sans exception. Ce ne serait pas possible au Canada, par exemple, en plein milieu de l’hiver. »

La France répond en revanche aux critères et Anita Afonso, ancienne expatriée londonienne, avait depuis quelque temps déjà « dans un coin de la tête » l’envie d’y implanter le phénomène : « Le pays s’y prête parfaitement avec ses paysages variés et une grosse communauté de coureurs. Le sport-santé est en plus vraiment dans l’air du temps. Il n’y a aucune raison pour que ça ne prenne pas ici. »Elle a lancé en juin 2015 le tout premier parkrun français, à côté de chez elle, à Cubnezais, dans la région bordelaise. Le deuxième verra le jour ce samedi 30 janvier, dans le bois de Boulogne de Paris.

Le succès du Parkrun s’explique en partie par sa simplicité et sa dimension communautaire. (Photo : Sébastien Duval)

« La mairie nous a donné son feu vert sans trop de difficultés,souligne la responsable de Parkrun France. Le concept est complètement inconnu en France. Il est donc important de bien le définir auprès de nos interlocuteurs, de montrer que ce n’est pas une compétition. Il n’y a pas de notion de classement ou de performance. Un certificat médical n’est donc pas nécessaire. […] On compte principalement sur le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux pour se développer. Il n’y aura pas de campagne d’affichage ou quoi que ce soit, nous n’avons aucun intérêt à ce que les rassemblements soient trop importants. Nous voulons grossir de façon organique, tout en nous inscrivant au sein de la communauté. »

Afin de pouvoir maintenir sa gratuité, Parkrun est financée par plusieurs sponsors (Intersport, Fitbit et l’opérateur de téléphonie Three…) relativement discrets. « On pourrait probablement dégager beaucoup d’argent en vendant par exemple notre base de données à des marques, mais ce n’est pas notre objectif, assure Tom Williams, directeur général de Parkrun Royaume-Uni. Nous dépendons des bénévoles et je ne suis pas certains qu’ils continueraient de l’être si tout était contrôlé par des multinationales. »

Dans sa dernière newsletter hebdomadaire, Parkrun a tenu à remercier les bénévoles impliqués en 2015 sur ses milliers de footings aux quatre coins du globe. Le chiffre est vertigineux : 68 000 au total. Plus que n’importe quel grand marathon.